Annoncer les danses de manière dégenrée : pourquoi c’est important ?

Lisa Heywood nous raconte l’importance d’annoncer les danses de manière dégenrée et nous donne des conseils concrets pour oser se lancer.

Traduction d’un article publié en anglais mercredi 1er septembre 2021 : https://www.efdss.org/about-us/what-we-do/news/10461-gender-free-calling-why-does-it-matter

J’annonce les danses pendant les ceili (bals folks écossais ou irlandais), je fais de la danse traditionnelle anglaise (morris dance) et j’adore le folk de manière générale. Je suis aussi bisexuelle. Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous le dis : quel est le rapport avec la danse folk ? Je vous invite à continuer à lire et j’espère que vous trouverez la réponse à votre question.

La journée mondiale de la bisexualité est le 23 septembre et chaque année je me demande si les gens comprennent que je suis bisexuelle. Les gens jugent trop souvent de la sexualité d’une personne en fonction du genre de sa·on partenaire du moment, ce qui implique que les personnes bi sont considérées selon les moments comme homo ou hétéro. L’invisibilisation de la bisexualité est une des raisons pour lesquelles je n’ai compris que ce mot pouvait s’appliquer à moi qu’au début de ma vingtaine. Je n’avais encore jamais vraiment vu de personnes bisexuelles dans les médias ou dans les communautés dont je faisais partie.

Une de ces communautés était celle de la danse folk, où les personnes qui annoncent les danses utilisent les termes « femmes » et « hommes » ou « mesdames » et « messieurs » pour faire références aux deux personnes dans un couple. Cela renforce l’idée que le couple « normal » est male-femelle, même si certains couples ont une autre configuration. Cependant, à certains bals c’était différent, avec des instructions de danse ne faisant aucune référence au genre. Ces dernières années, cette idée de dégenrer les danses s’est répandue, mais certain·e·s organisateur·ices et danseur·euses se sentent encore incertain·e·s face à ça.

C’est pourquoi je souhaite expliquer ici pourquoi la danse dégenrée fait une grande différence pour moi et mes ami·e·s dans la communauté LGBT+ quand nous allons en bal folk. Je veux aussi reconnaître que changer la façon dont vous enseignez les danses ou la façon dont vous les dansez peut paraître effrayant ou difficile, mais il y a plein de ressources et de gens prêts à vous aider. J’espère que vous penserez vous aussi que faire ces changements pour que les bals folks soient plus inclusifs et accueillants pour la communauté LGBT+ en vaut la peine.

La mention du genre peut mener à des situations gênantes et inconfortables. Je ne peux pas parler au nom de toutes les personnes LGBT+, mais j’imagine que la plupart d’entre nous pouvons nous souvenir d’une fois où quelqu’un nous a demandé « tu es l’homme ou la femme ? », nous a dit qu’on « dansait à la mauvaise place » ou même nous a encouragé·e à changer de partenaire. Ceci s’applique aussi à n’importe quelle personne qui a déjà dansé dans le « mauvais » rôle pour pouvoir danser avec une personne de sa famille ou avec un·e ami·e.

Pour les personnes LGBT+, cela peut être particulièrement frustrant de recevoir ces commentaires à cause de notre genre ou de celui de notre partenaire. De même, cela peut être inconfortable pour n’importe quel·le danseur·euse qu’on utilise le mauvais genre pour faire référence à son rôle pendant une danse. C’est particulièrement stressant pour les danseur·euses trans et non-binaires.

« Homme » et « Femme » ne sont pas que des mots

Quand j’annonçais les danses au début, j’avais tendance à utiliser les mots genrés tout en précisant que peu importait le genre véritable des personnes ; les termes « homme » et « femme » faisaient simplement référence à un rôle dans la danse et non pas au genre réel de la personne. C’était certainement un pas dans la bonne direction, mais pas une vraie solution, car « homme » et « femme » ne sont pas que des mots. Bien que nous essayions de briser les stéréotypes, ces mots ont toujours des connotations dont il est difficile de se défaire.

Dans le contexte de la danse, utiliser les mots « homme » et « femme » pour les rôles dans la danse encouragent les danseur·euses à retomber dans des stéréotypes de genre, consciemment ou non. Si les instructions se fondent sur le genre pour expliquer la danse, les danseur·euses vont sûrement essayer de genrer les autres danseur·euses pour pouvoir suivre la danse. En croisant une personne, peut-être se demanderont-iels, « est-ce que cette personne porte une robe ou un pantalon ? » ou « est-ce que cette personne a les cheveux courts ou longs ? » pour comprendre le rôle qu’iels dansent.

La danse genrée peut être plus déroutante que la danse dégenrée

Je ne crois pas me souvenir d’un seul bal où tous les couples de toutes les danses aient été constitués de personnes avec des genres différents. Cela implique que pour presque chaque bal où j’ai été où le genre était utilisé pour donner des instructions, au moins un couple devait interpréter les instructions différemment par rapport aux autres.

Beaucoup d’instructions font référence au genre comme des indices visuels, par exemple pour identifier « le prochain homme que vous croisez » pour tourner vers la droite, ou « les femmes font un demi-tour sur elles-mêmes et joignent leur main gauche à celle des hommes ». Quand un couple avec deux personnes du même genre danse ensemble, cela implique tout plein d’informations en plus à retenir : qui danse quel rôle dans le couple ? Ne serait-ce pas plus simple de se passer des instructions genrées pour que tout le monde puisse suivre les mêmes consignes ?

Faire un pas vers la danse dégenrée

La solution n’est pas aussi complexe qu’elle en a l’air – c’est même plutôt l’inverse. La danse dégenrée simplifie souvent les choses pour tout le monde. Bien sûr, cela peut être intimidant de changer la façon dont on enseigne ou danse depuis des années. Heureusement, il y a plein de ressources et d’expertises disponibles pour se lancer. De nombreuses personnes organisent des danses dégenrées depuis des années et ont déjà réfléchi aux problèmes auxquels vous pouvez faire face quand vous devez le faire pour la première fois.

Il y a de nombreuses manières d’annoncer les danses d’une façon concise sans utiliser de mots genrés. La méthode que vous utiliserez dépendra du contexte, à la fois par rapport au style de danse et à votre propre communauté. Voilà déjà 5 conseils pour bien commencer :

Mettre en place la danse

Ne dites pas aux personnes où se placer en fonction de leur genre. Si vous souhaitez utiliser différents mots en fonction des rôles, vous pouvez les spécifier après que les danseureuses soient en place, par exemple « les personnes côté fenêtres sont la première ligne ».

Aller au plus simple et au plus pertinent pour le public

Ce n’est pas forcément la peine de chercher des mots pour remplacer homme et femme. Certains publics peuvent même trouver condescendant de les remplacer par un mot « rigolo ». Si une ligne bouge en premier, c’est plus simple de l’appeler « la première ligne ».

S’entraîner

Changer sa façon de faire les choses demande du travail. Vous pouvez vous entraîner seul·e ou avec un·e ami·e pour vous sentir à l’aise avec votre nouvelle façon de faire. Demandez des retours pour savoir si vos nouvelles instructions fonctionnent et modifiez-les si nécessaire.

Écrire des fiches

Vous pouvez faire une fiche par danse en les décrivant sans utiliser de mot genré ; c’est plus difficile de parler de manière dégenrée si nos supports utilisent des mots genrés.

Ne réinventez pas l’eau chaude

Il y a plein de personnes qui ont des années d’expérience autour de la danse dégenrée. Demandez leur conseil si vous commencez tout juste à mettre ça en place.

 

Pour trouver d’autres conseils, vous pouvez aller voir les ressources compilées sur le site de Lisa Heywood : lisaheywood.net/gender-free

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